La dernière épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo et maintenant en Ouganda voisin est avant tout une tragédie humaine pour les personnes et les communautés qui y luttent. C’est vraiment une crise maintenant. Nous devons éviter que cela ne se transforme demain en une série de crises.
Les familles de l’est du Congo sont une fois de plus confrontées à une maladie dévastatrice. Les parents ont peur d’emmener leurs enfants à la clinique s’ils souffrent d’une quelconque maladie. Les travailleurs de la santé s’exposent chaque jour à des risques incroyables avec des ressources limitées et des exigences énormes. Le village tout entier a été mis à rude épreuve par le conflit, les déplacements, la pauvreté et l’instabilité politique et est désormais confronté à une autre couche de traumatisme et d’incertitude.
Les Américains sont naturellement ceux qui prêtent le plus attention à la tragédie lorsqu’elle frappe près de chez eux.
L’infection d’un agent de santé américain en poste au Congo et la révélation d’un autre rappellent brutalement que les maladies infectieuses ne connaissent ni frontières, ni nationalités, ni idéologie politique. Mais cela ne doit pas éclipser la réalité plus large : les médecins, infirmières, agents de santé publique et citoyens ordinaires congolais ont supporté le poids de l’épidémie d’Ebola pendant des années, souvent au prix d’un lourd tribut personnel. Ils ont besoin et méritent l’aide du monde entier, y compris celle des États-Unis.
J’ai passé une grande partie de ma carrière dans le service extérieur aux États-Unis, travaillant en Afrique à une époque de défis politiques et humanitaires extraordinaires, notamment en tant que chef de mission à Kinshasa, à la fin des années 1960, turbulentes. Une leçon reste constante : des institutions publiques fortes sauvent des vies, tandis que des systèmes faibles exposent les populations vulnérables aux catastrophes.
Les opérations humanitaires se sont heurtées à d’énormes obstacles. Les conflits armés, les déplacements massifs, la gouvernance fragile et la profonde méfiance sociétale compliquent tous les aspects de la transmission des maladies. Les communautés qui ont connu des années de violence et d’insécurité ont souvent des raisons invraisemblables de se méfier des autorités extérieures. Dans cette situation, l’épidémie est devenue plus difficile à contrôler et les civils en ont payé le prix le plus élevé. Les réponses tardives et la faiblesse des systèmes de préparation coûtent des millions de vies dans le monde. Et avant que la maladie ne se propage à l’échelle internationale, ils causent des dommages sociaux et économiques dévastateurs aux communautés dont ils sont originaires.
Les récentes manifestations au Kenya contre un projet d’installation de quarantaine contre Ebola montrent comment une épidémie peut rapidement se transformer en une crise politique et sociale ainsi que médicale. Lorsque les communautés perdent confiance dans le fait que les institutions publiques agissent de manière transparente et équitable, la coopération s’affaiblit lorsqu’elle est le plus nécessaire. Une réponse efficace à l’épidémie dépend non seulement de la médecine et de la logistique, mais aussi de la confiance du public.
Oui, les pays africains eux-mêmes ont acquis une expertise significative en matière de réponse aux épidémies grâce à des expériences douloureuses. Les épidémiologistes africains, les scientifiques de laboratoire et les équipes médicales de première ligne ont, à plusieurs reprises, contenu des épidémies dans des circonstances extraordinaires. Mais ils ne peuvent pas y parvenir seuls. Leur travail mérite l’aide immédiate et le soutien durable du monde entier.
C’est pourquoi un engagement renouvelé du Congrès, de l’administration et des partenaires internationaux est nécessaire de toute urgence. Les États-Unis devraient travailler avec les gouvernements africains et les agences régionales pour renforcer les réseaux de surveillance des maladies, étendre les capacités de laboratoire et de diagnostic, soutenir la formation du personnel de santé et garantir que des équipes d’intervention rapide puissent être déployées avant que l’épidémie ne devienne incontrôlable.
Le Congrès devrait également protéger le financement des programmes mondiaux de sécurité sanitaire qui aident à détecter et à contenir les maladies émergentes à leur source. La préparation en matière de santé publique n’est pas une aide étrangère au sens traditionnel du terme ; c’est un investissement de première ligne dans la sécurité américaine et mondiale. Chaque dollar dépensé pour renforcer la prévention des épidémies à l’étranger réduit la probabilité de situations d’urgence humanitaire, économique et de santé publique plus coûteuses ultérieurement.
Les réponses les plus efficaces émergent de véritables partenariats, soutenant les systèmes de santé dirigés localement, renforçant l’expertise régionale et garantissant que les professionnels et les institutions africaines disposent des ressources nécessaires pour diriger leurs propres efforts de prévention et de réponse aux épidémies.
La santé mondiale nécessite de reconnaître la valeur égale de la vie humaine partout et de comprendre que des souffrances évitables à cette échelle nous nuisent tous.
Pour ceux qui vivent au Congo et sur tout le continent, ainsi que pour ceux qui s’y rendent et y travaillent, le danger réside désormais dans l’épidémie d’Ebola elle-même. Le danger de demain réside dans l’affaiblissement des infrastructures de santé américaines, internationales et locales et dans la recherche nécessaire pour contenir une telle crise de manière rapide et efficace. Le moment est venu d’agir.
Herman J. Cohen a servi dans le service extérieur américain pendant près de quatre décennies, en tant que secrétaire d’État adjoint aux Affaires africaines, en tant qu’ambassadeur au Sénégal et en Gambie et dans des postes dans toute l’Afrique, notamment en tant que chef de mission à Kinshasa, au Zaïre (aujourd’hui la République démocratique du Congo) de 1968 à 1969.
Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur.